mercredi 30 juillet 2014

Candylicious Spa by Le Boudoir de Jade, un havre de douceur sucrée à Toulon




Récemment, alors que je descendais à pied depuis la gare de Toulon vers le centre-ville, j'ai repéré une vitrine robe bonbon qui détonnait pas mal au milieu des cabinets d'avocats et de comptables. "Le boudoir de Jade". Mmmh. C'est nouveau, ça, me suis-je dit. Je suis allée voir leur site internet: la carte des soins était impressionnante par sa diversité et sa modernité. Alors, même si les paillettes, les cupcakes et l'hyper-girlytude, c'est pas trop mon truc, la curiosité m'a poussée à prendre rendez-vous pour une pédicure.




Le jour J, j'arrive un peu en avance et suis accueillie par un charmant jeune homme qui me dirige vers la salle d'attente équipée de sièges moelleux, d'un minibar et de piles de magazines féminins. J'en profite pour aller aux toilettes en regardant partout autour de moi. C'est assez étonnant, ce grand appartement de type haussmanien transformé en royaume de la barbapapa, mais même si je ne me sens pas forcément dans mon élément, je dois admettre que la déco du Candylicious Spa est recherchée et cohérente, avec un grand soin apporté aux moindres détails. Outre le bar à ongles où je serai reçue aujourd'hui, plusieurs salles sont réservées au hammam, au bain à remous et aux soins cabine, et l'accueil comprend un espace boutique où sont vendus les cosmétiques aux senteurs gourmandes (meringue, chocolat, cupcake, cookie...) créés par Jade.




A l'heure pile de mon rendez-vous, la maîtresse des lieux en personne vient me chercher et me conduit dans le bar à ongles. Une esthéticienne est en train de faire une manucure à une autre cliente. Je suis invitée à déposer mes affaires dans un coin, ôter mes chaussures et grimper sur un des deux "trônes" pour présenter mes pieds à Jade. La pédicure à la brésilienne dure une demi-heure; elle comprend un ponçage des pieds et des ongles, la pose de chaussons imprégnés d'un produit émollient à base d'acide hyaluronique et de silicone et d'aloé vera, la taille des ongles ("rond ou carré?" me demande Jade) et la pose d'un vernis au choix parmi les dizaines de flacons d'OPI sagement alignés sur la cheminée. 




Pendant la période d'attente, Jade me propose à boire: thé parfum muffin à la myrtille ou cupcake à la fraise, café, sirop aux saveurs acidulées... J'opte pour un thé, que le réceptionniste m'apporte sur un petit plateau dans une jolie tasse accompagnée de bonbons. J'apprécie beaucoup l'attention même si je ne mange pas de sucreries. 




En bavardant avec Jade, j'apprends que le Candylicious Spa vient de fêter ses... 7 ans. Mon redoutable sens de l'observation a encore frappé. Jade semble incroyablement jeune pour quelqu'un qui a créé une entreprise au concept aussi abouti et la gère avec succès depuis tant d'années. Elle m'assure qu'elle est plus vieille que je ne l'imagine; j'en déduis que ses cosmétiques sont d'une efficacité redoutable! Autre surprise: malgré son côté très girly, le spa  propose également des soins pour hommes et a dans sa clientèle des militaires de l'arsenal voisin. L'idée me fait sourire. Cela dit, je me vois très bien revenir avec Chouchou pour une séance de hammam suivie d'un massage en duo. Je meurs d'envie d'essayer les pierres chaudes depuis des années, c'est une occasion parfaite! 




En payant mon soin, je ne peux m'empêcher de sentir les parfums présentés sous cloche sur le comptoir. Comme je m'y attendais, la plupart d'entre eux sont bien trop sucrés à mon goût, mais je craque quand même pour un gommage corps "tarte aux pommes" dont je sais que j'apprécierai l'odeur gourmande cet hiver. Je repars enchantée par mon test et bien décidée à revenir très prochainement. 




71, av. Vauban
83000 TOULON
Ouvert du mardi au samedi, avec ou sans RV

EDIT février 2016: Etablissement en liquidation judiciaire. 

mardi 29 juillet 2014

"My real children"


Patricia est en maison de retraite. Et malgré son diagnostic de sénilité, son problème n'est pas d'avoir oublié des choses, mais de s'en rappeler trop. Elle jurerait avoir mené deux vies différentes. Dans l'une, on la surnommait Trish. Elle était mariée avec Mark, un homme froid et désagréable qui la rabaissait constamment, refusait qu'elle travaille et lui avait fait quatre enfants - mais bien que malheureuse, elle vivait dans un monde de tolérance et de paix. Dans l'autre, on l'appelait Pat. Elle avait une relation merveilleuse avec une autre femme, trois enfants conçus à l'aide d'un ami qui avait bien voulu servir de géniteur, une belle maison de vacances à Florence et une carrière épanouissante d'auteur de guide de voyages, mais le monde avait été ravagé par une guerre nucléaire...

J'ai fait des pieds et des mains pour me procurer le dernier roman de Jo Walton. Je l'ai cherché à Paris et à Bruxelles dans cinq librairies anglophones qui ne l'avaient pas en stock malgré sa sortie très récente, et de guerre lasse, j'ai fini par le commander sur Amazon. Oui, c'était un hardback; oui, il coûtait plus de 20€, mais j'avais été tellement enchantée par le réalisme magique de "Among others", et j'étais si motivée par cette idée de base prometteuse qu'il me le fallait absolument. 

J'ai vite déchanté. Narrées en parallèle, les deux existences de Patricia se résument à une énumération d'événements, une chronologie sèche et dépourvue d'émotion. Je me rends bien compte que 300 pages, c'est court pour raconter deux vies entières, mais il m'aurait semblé plus judicieux de se focaliser sur des moments-charnière ou des anecdotes parlantes, comme le fait Kate Atkinson dans "Life after life" - autre uchronie personnelle nettement plus réussie. Jamais on ne sait pourquoi le monde de Pat est si différent de celui de Trish, même si l'héroïne envisage que ça puisse être dû à un effet papillon généré par le fait qu'elle accepte ou refuse la demande en mariage de Mark (un Anglais ordinaire nullement impliqué dans la politique internationale).

Je me suis vaillamment mais fermement ennuyée jusqu'au dernier chapitre, que je ne peux que qualifier de grotesque dans sa façon de loucher vers "Le choix de Sophie". Pourquoi, arrivée à la fin de sa vie, Patricia se sent-elle tenue de choisir une de ses deux existences et de faire prévaloir un monde sur l'autre? C'est un mystère presque aussi épais que la façon dont laquelle une auteure capable d'écrire avec la sensibilité et le talent d'évocation dont elle fait preuve dans "Among others" a pu dans la foulée commettre un roman d'une platitude aussi abominable

lundi 28 juillet 2014

Les livres de ma jeunesse




Mes parents ne lisaient pas vraiment.
Toute leur bibliothèque tenait dans la partie vitrée d'un petit buffet années 70. Du côté de ma mère, il y avait: 
- l'intégrale des "Jalna" de Mazo de la Roche, que nous avons dévorée et adorée toutes les deux,
- l'intégrale des "Rois Maudits", qu'on lui avait offerte et qu'aucune de nous deux n'a eu le courage de se farcir,
- un ou deux Pearl Buck dont je ne peux pas dire qu'ils m'aient laissé un souvenir impérissable,
- "L'astragale" d'Albertine Sarrazin, que j'avais trouvé assez troublant,
- un roman d'amour et d'aventure qui se passait dans le Sud de l'Afrique, et dont je n'ai rien retenu sinon que la capitale de la Namibie s'appelle Windhoek (par contre, ne me demandez pas de le prononcer).
Du côté de mon père, il y avait essentiellement des ouvrages consacrés à la nature, dont:
- un très beau "Guide des oiseaux" relié cuir, que j'ai récupéré après sa mort et dont l'odeur bien particulière me fait immédiatement monter les larmes aux yeux chaque fois que je me risque à l'ouvrir,
- "50 histoires de chasse et de pêche", parmi lesquelles l'horrible mésaventure d'un type qui s'est à moitié fait bouffer par un grizzly et qui a feint d'être déjà mort pour en réchapper - j'en ai fait des cauchemars pendant plusieurs années.

On conviendra que c'est peu. Pour pallier les déficiences de la bibliothèque parentale, j'avais une poignée de recours:
- le bibliobus, qui venait dans mon quartier un vendredi sur deux et où je ne pouvais emprunter que 2 livres à la fois, mais grâce auquel j'ai découvert Arsène Lupin,
- le CDI de mon collège, dont l'intégralité des ouvrages tenait sur une douzaine d'étagères, mais qui a eu le mérite d'alimenter la passion dévorante que je vouais alors à la mythologie; j'ai dû emprunter 10 fois l'encyclopédie sur le panthéon gréco-romain pour compléter le tentaculaire arbre généalogique tracé avec amour sur une feuille de papier à petits carreaux format A3 que mon père m'avait rapportée du travail, 
- le comité d'entreprise de l'URSSAF où bossait ma mère, auquel je dois de m'être farci plusieurs Paul-Loup Sulitzer ainsi que les aventures d'Emma Harte écrites par Barbara Taylor Bradford,
- la collection de Reader's Digest de ma grand-tante, chez qui nous passions parfois le dimanche après-midi devant un poste de télé poussiéreux et un sac de 1 kilo de biscuits secs avec des trucs écrits dessus; c'est là que j'ai lu mes premiers Agatha Christie en version ultra-tronquée, ainsi que "Les dents de la mer",
- la bibliothèque de mon grand-père, pas si énorme que ça pour un prof de français quand j'y repense; souvenirs les plus marquants: l'intégrale des Comtesse de Ségur, quelques Alexandre Dumas, une poignée de Jules Verne (nouveaux cauchemars après la lecture de la scène où les méchants Tartares brûlent les yeux de Michel Strogoff), "Le complexe d'Icare" d'Erica Jong qui n'était pas du tout de mon âge (je me souviens avoir été choquée par la façon très crue dont l'auteur décrivait l'arrivée de ses règles) et une collection de Playboy des années 70 planquée sous le lit de la mansarde, que j'ai feuilletée avidement comme tous mes cousins en prétendant que c'était "pour les articles". J'ai lu tous les romans vautrée sur l'ancien lit de mon arrière-grand-mère: le jour, tandis que mes parents me houspillaient pour que j'aille plutôt jouer dehors; la nuit, planquée sous les couvertures avec une lampe de poche à côté de ma soeur qui rouspétait pour que j'éteigne. 

Jusqu'à ce que je commence à gagner ma vie, je n'avais jamais assez à lire (et surtout, pas ce que j'aurais voulu). Parfois, j'en étais réduite à éplucher le Télé 7 Jours familial ou le dos d'une boîte de chocolat en poudre. C'est sans doute la plus grande frustration de mon enfance. Et ça explique sûrement pourquoi un des premiers rêves que je me suis empressée de réaliser une fois devenue propriétaire de mon appartement, c'est l'achat d'une bibliothèque sur mesure, réalisée par un ami menuisier et occupant toute une pièce. Je pensais que je ne la remplirais jamais; en fait, comme je lis plus d'une centaine de bouquins par an et que je stocke également un exemplaire de toutes mes traductions, les étagères ont commencé à déborder six mois après son installation. Aujourd'hui, je suis obligée d'observer très strictement la règle du "1 entrant, 1 sortant". Au fil du temps, je constitue ainsi une sorte de "best of" de l'ensemble de mes lectures, les ouvrages qui ont été considérés comme assez extraordinaires et/ou marquants pour mériter une place dans ce saint des saints. C'est de toutes mes possessions matérielles la plus encombrante, la plus significative et celle à laquelle j'aurais le plus de mal à renoncer.




dimanche 27 juillet 2014

A tous ceux et celles qui osent




A tous ceux et celles qui mettent fin à une longue relation qui ne les rendait plus heureux, malgré la peur de la solitude et des difficultés matérielles,
tous ceux et celles qui font ou refont leur vie avec une personne d'une autre couleur, d'une autre religion ou d'un autre milieu social au mépris du qu'en-dira-t-on,
tous ceux et celles qui partent vivre à l'étranger l'estomac noué à la perspective de tout recommencer à zéro, sans repères familiers et sans réseau de contacts, mais qui partent quand même,
tous ceux et celles qui plaquent un boulot salarié dans lequel ils crevaient à petit feu pour tracer leur propre chemin en free lance, visant l'épanouissement au prix d'une précarité permanente,
tous ceux qui réfléchissent à des moyens de changer le monde en mieux, et qui se démènent pour les mettre en application quand ce serait tellement plus simple de bêler avec le reste du troupeau,
tous ceux et celles qui ont choisi un mode de vie non conventionnel et affrontent perpétuellement les questions déplacées voire agressives des braves gens qui n'aiment pas que...

A tous les pères au foyer, les mères qui ont une carrière hyper-prenante, les femmes qui assument de ne pas vouloir d'enfants, les Juifs qui épousent des Arabes, les divorcés après 20 ans de mariage, les expatriés à l'autre bout du monde, les gens qui inventent leur métier chaque jour, les parents d'handicapés qui se battent pour les droits de leurs enfants, les intermittents qui se font traiter de parasites et les écrivains dépouillés de leurs droits, les homosexuels qui fondent une famille, les polyamoureux, les vegans et les militants écologistes, les révolutionnaires du quotidien, les insurgés qui mettent le feu aux poudres des conventions,

Je vous salue: vous êtes vivants. 

Un week-end chaud et (presque) studieux




Impossible de m'endormir avant 3h30 hier soir, ça m'a rappelé mes années d'insomnie et j'ai remercié le ciel d'avoir retrouvé un sommeil normal 99% du temps; vers 10h, passage du livreur Picard qui m'apporte de quoi survivre les jours de grandes flemme; attaquons donc le rangement par le vide de la bibliothèque de gauche; je ne vais JAMAIS relire les 18 tomes de Fushigi Yugi; ouste, les deux boîtes de biscuits Mickey contenant les souvenirs de mes deux premiers séjours à Disneyland, il y a une quinzaine d'années, avec Etre-Anciennement-Exquis; déposer un carton plein de bouquins et de bédés avec une affichette "servez-vous" dans le hall de ma résidence; le TER d'habitude quasi désert est aujourd'hui bondé de gens avec valises; ouh mais ça tape vachement, j'aurais peut-être dû mettre de la crème solaire sur mes bras aussi; une petite halte vite fait aux Galeries Lafayette pour jeter un coup d'oeil aux fins de solde tout en profitant de la clim'; cette petite jupe noire Pablo serait une bonne addition à ma garde-robe de mi-saison, et cette robe DDC mandarine à doublure de coton m'éviterait de transpirer dans mes fringues en pur synthétique, mais ni l'une ni l'autre ne m'excite vraiment; alors que je me dirige vers la sortie, je tombe raide amoureuse de... d'un imperméable? d'un trench ? d'une parka légère? bleu marine René Derhy, qui sera parfait(e) pour les jours de pluie à Bruxelles et me fait une silhouette ravissante; j'ai beau tourner autour des halles, impossible de trouver le fameux bar à cocktails dont j'ai lu tant de bien; du coup, ce sera un thé glacé et une boule de sorbet à la pêche artisanal sur une des banquettes en velours vert du Chantilly (mais j'avoue: un instant, j'ai hésité avec les beignets de fleur de courgette qui étaient à la carte du déjeuner); oh, chic, un Monoprix va ouvrir à deux pas de là; 34°, tu m'étonnes que j'aie un peu chaud; l'achat pas glamour (et néanmoins indispensable) du jour, c'est une cartouche couleur pour mon imprimante; mais où faut-il aller pour trouver de la menthe fraîche dans cette ville?; réponse: au Franprix de l'avenue Vauban; je testerais bien la pédicure du Boudoir de Jade - prenons rendez-vous pour la semaine prochaine; dans ma hâte de rentrer chez moi, je monte dans un TER à destination de Marseille, ne m'en aperçois qu'au bout de quelques minutes et me ridiculise en jaillissant de mon siège comme si une guêpe m'avait piquée; le carton que j'ai déposé ce matin est déjà vide à l'exception de deux livres de photos avec des textes en anglais; comment la même auteure peut-elle avoir écrit le merveilleux "Among others" et le chiantissime "My real children"? mystère.




Heureusement qu'il n'y a rien d'autre à faire le dimanche à Monpatelin, parce que j'ai pas du tout envie de bosser; pourquoi je peine comme ça sur un bouquin pourtant plutôt sympa et sans difficulté particulière?; attaquer le rangement de la partie "souvenirs" dans la bibliothèque de gauche; ne toujours pas retrouver la photo de moi petite avec ma bouée-canard bleue dont je voulais me servir pour illustrer un billet; feuilleter sans m'attarder l'agenda 1997 de mon grand-père; me demander s'il existe au monde une créature plus mélodramatique qu'une fille de 17 ans amoureuse d'un bellâtre inaccessible; danser et chanter en culotte sur des morceaux des années 80 alors qu'il fait beaucoup trop chaud pour ça et que ma traduction attend désespérément que je daigne m'y remettre; regarder le court-métrage réalisé pour les 100 ans de la gare de Tokyo et chialer un bon coup; quand soudain sous la douche, l'illumination: aérochar!; proportions rajustées, mon deuxième mojito est déjà bien meilleur que le premier, peut-être un chouïa de sucre de canne en plus? et une dose d'alcool pour adulte?; tant pis, je déclare forfait à 6 pages de mon objectif du jour; quand je pense que je vais devoir bosser pendant les vacances, j'ai un tout petit peu envie de me pendre; Pusheen veut des bisous MAINTENANT; Chouchou a tué tous ses jolis poils; dire que je n'ai même pas été foutue de pondre un des deux billets intimes qui tournent dans ma tête depuis plusieurs jours, ni de tester le foutu blender blanc acheté l'été dernier; je finis ce week-end pas très contente de moi.

samedi 26 juillet 2014

"Indigo"


"Un festival culturel rassemble pendant huit jours quatre Français, deux hommes et deux femmes, qui ne se connaissent pas. Une surprise attend chacun d'eux et bouleverse leur vie. De Delhi à Kovalam, ils voyagent dans une Inde sur le qui-vie où, juste un an après les attentats de Bombay, se fait sentir partout la menace terroriste. Une Inde où n'ont pas cours la légèreté et la raison française, où la chaleur exacerbe les sentiments, où le ciel avant l'orage est couleur indigo. Au bout du monde, les quatre Français se retrouve en huis clos, face à leur passé et à leurs limites." 

Bien que j'aie aimé plusieurs des ouvrages précédents de Catherine Cusset ("Le problème avec Jane", savouré pendant des vacances en Corse dans la fraîcheur de ma chambre alors que tout le monde était descendu à la plage, mais aussi "Confessions d'une radine" et "New York, journal d'un cycle"), je n'avais pas du tout prévu de lire "Indigo" dont le sujet ne m'attirait pas spécialement. Mais pour la deuxième fois d'affilée, je me suis aperçue arrivée à la gare que je n'avais pas emporté de quoi m'occuper durant un long voyage en train, et le Relay ne proposait qu'un choix réduit en matière de littérature. Plutôt mourir que lire du Musso, du Legardinier ou me taper le dernier Nothomb, et je ne suis pas fan de polar. Par élimination, ne restait qu'"Indigo".

Au final, je l'ai à peine entamé dans le train, mais dévoré d'une traite le lendemain à la terrasse du bar de la place de Monpatelin (devant un verre de punch rouge et trop sucré au lieu du mojito que j'espérais, parce que "c'est plutôt un bar de quartier ici, vous voyez?"). Comme souvent chez Catherine Cusset, les personnages sont présentés sous un jour peu sympathique, égocentrés au point qu'on a envie de leur foutre des claques. Une cinéaste qui a tout réussi dans sa vie se demande si elle ne serait pas responsable du suicide de sa meilleure amie. Un intellectuel vieillissant, obsédé par le sexe et persuadé que les femmes perdent tout intérêt après quarante ans, se retrouve pris au piège d'une paternité dont il ne veut pas. Une directrice de festival cruellement dépourvue de confiance en elle est confrontée à son grand amour de jeunesse, qui ne la reconnaît même pas. Enfermé dans son petit drame intérieur, chacun accumule les réflexions ridicules et passe totalement à côté des autres. Pourtant, on les observe avec fascination, un peu comme on écarquillerait les yeux devant une collision imminente: on attend de voir de quelle façon ils vont se manger un mur et s'ils vont s'en relever. Et la toile de fond de l'Inde en pleine psychose anti-terroriste est assez intéressante. Une lecture plus agréable qu'espéré, donc, servie par une écriture tout à fait dépourvue de sentimentalisme.

vendredi 25 juillet 2014

Thé vert glacé bio bergamote-fleur d'oranger de Terre d'Oc




J'avoue: je ne SAIS PAS résister à la mention "fleur d'oranger" sur un emballage. Surtout si c'est une boîte aussi jolie, et encore plus si elle contient du thé vert, bio de surcroît. Et alors que la bergamote a longtemps été à mes yeux le parent pauvre dans la famille des agrumes, je me suis prise de passion pour elle en début d'année. Moralité: j'étais obligée de craquer pour ce thé Terre d'Oc vendu chez Nature & Découvertes.




Je craignais tout de même que le parfum puissant de la bergamote ne recouvre complètement l'arôme beaucoup plus subtil de la fleur d'oranger, comme c'est souvent le cas dans ce type de mélange: et bien non. La fleur d'oranger ressort parfaitement, merci beaucoup. Au final, on obtient un thé glacé à la fois très rafraîchissant et hyper-tonique. Et même si ce n'est pas trop la saison, je l'ai goûté chaud: il est très bon aussi comme ça. Un vrai winner!





jeudi 24 juillet 2014

"Daisy: lycéennes à Fukushima"




Un mois après le tsunami de mars 2011, Fumi, qui était restée terrée chez elle jusque là, fait sa rentrée en terminale dans un lycée de la ville de Fukushima. Elle y retrouve les trois amies avec qui elle a formé le groupe Daisy. Moé, sage fille de député à qui ses parents font apprendre l'origami, joue de la batterie parce que c'est ce qu'elle a trouvé de plus éloigné d'elle. Mayu, issue d'une famille d'agriculteurs, se préoccupe avant tout de son look et rêve de devenir vendeuse au magasin 109, à Tokyo. Aya, fille d'un couple d'aubergistes qui ont changé leur établissement en refuge, raffole de mangas gays et accumule les heures de bénévolat auprès des enfants. Bien que très différentes les unes des autres, les quatre filles sont liées par leur amour pour la musique et par une amitié profonde. Mais la récente catastrophe nucléaire a bouleversé leur univers d'ados insouciantes et mis à mal leurs rêves d'avenir...

Je ne vais pas tourner autour du pot: ce manga en deux tomes de Reiko Momochi est un chef-d'oeuvre absolu. Pour construire son récit, l'auteure s'est appuyée sur les témoignages de rescapés du tsunami et de réfugiés de la région de Fukushima. Résultat: son histoire est criante de vérité, avec des phrases-choc toutes les deux ou trois pages. Elle dit le quotidien des gens confrontés à un ennemi invisible et insidieux - les radiations -, ignorant à quel point leur futur va en être affecté, des gens que le reste du pays traite en pestiférés (le petit ami tokyoïte d'une des fille la largue parce qu'il ne veut pas d'une future épouse en mauvaise santé; les clients du père de Mayu cessent d'acheter son riz pourtant certifié propre et le qualifient d'assassin), des gens partagés entre l'amour qu'ils portent à leur foyer ou leur région et l'envie de s'en aller le plus loin possible, des gens qui s'efforcent de prendre soin des plus démunis qu'eux et font preuve d'une solidarité bouleversante alors même que le gouvernement fuit ses responsabilités et tente de les endormir avec de belles paroles. Reiko Momochi n'est d'ailleurs pas tendre envers les autorités japonaises, qu'elle accuse ouvertement de crime envers la population. 

Pourtant, malgré une situation plus que plombante, elle réussit à insuffler une belle énergie à son histoire, à faire fleurir des pâquerettes fragiles mais obstinées dans la terre contaminée de Fukushima. Ses héroïnes gèrent toutes leur angoisse d'une façon différente: submergée par la honte et le chagrin, l'une tente de se suicider tandis que l'autre décide de se battre pour la survie de l'entreprise familiale et la réputation de son département. Afin de ne pas se laisser anéantir par la précarité de leur existence à un âge où elles devraient avoir toute la vie devant elles, Fumi, celle qui se pose le plus de questions, apprend à vivre "ici et maintenant" - à savourer tous les petits bonheurs qui passent à sa portée pendant qu'elle le peut encore. Pendant leur dernière année de lycée, chacune des quatre filles cherche son chemin bien plus encore qu'elle ne devrait le faire à l'orée de sa vie d'adulte. Et même irrémédiablement marquée par la catastrophe, chacune finit par trouver la paix intérieure. Oeuvre forte et émouvante à mettre entre toutes les mains (mais particulièrement celles des grands angoissés comme moi), "Daisy: lycéennes à Fukushima" est une ode à l'extraordinaire résilience de l'être humain et au pouvoir de la solidarité, en même temps qu'une série de beaux portraits de jeunes femmes confrontées à une épreuve dont elles sortent grandies. 

mercredi 23 juillet 2014

Valar morghulis


Dans mes objectifs de l'été, il y avait: "réaliser un point de croix inspirant". J'avais en tête l'expression "here & now", censée me rappeler de vivre dans le présent plutôt que de me projeter constamment vers des catastrophes futures. Malgré toutes mes recherches, je n'ai rien trouvé qui y correspondait. J'ai donc décidé de créer un motif moi-même en mélangeant feutrine, laine cardée et broderie. Je vois très bien le truc dans ma tête, et comme souvent, je procrastine un max pour m'y mettre parce qu'il va falloir tâtonner et que le résultat n'est pas garanti, ce que je trouve toujours frustrant. 

Alors, en attendant, je me suis fendue d'un autre ouvrage dont j'avais vu passer le motif sur le net. Pas le patron: juste le motif, tordu et pas spécialement bien photographié, si bien que je me suis un peu galérée pour le reproduire sans erreurs. "Valar morghulis", c'est une citation extraite de "Game of thrones" qui signifie "Tous les hommes doivent mourir". Ce qui est en quelque sorte le pendant obscur, ou du moins fataliste, de mon idée initiale. On sait très bien qu'aucun de nous ne sortira d'ici vivant, alors pourquoi dramatiser prématurément? 

Et joyeux mercredi à vous. 




mardi 22 juillet 2014

Givebox: où un geste de solidarité urbaine se change en dilemme sur le sens du don




Une Givebox, c'est un local-penderie installé dans la rue, où les gens peuvent déposer ce qui ne leur sert plus mais qui est encore utilisable et/ou prendre les objets déposés là dont ils ont justement l'utilité. A Bruxelles, il en existe actuellement deux. J'ai découvert leur existence la semaine dernière; trouvant l'idée formidable, j'ai rempli à la va-vite quatre caisses de brols en état neuf (ou quasiment) qui traînaient dans notre cave et sur les étagères les moins accessibles de nos armoires. Dimanche, nous sommes allés les porter à la Givebox située rue de l'église à Berchem Ste-Agathe.




En arrivant, nous sommes surpris de trouver la Givebox aussi jolie et colorée. Bien rangée, aussi, malgré le petit espace disponible. Il y a des étagères pour mettre les livres, un coin penderie équipé d'une tringle... C'est bien conçu, et sans doute entretenu de façon régulière. Par contre, je suis un peu sceptique sur l'intérêt d'avoir apporté certains objets, comme deux bougies parfumées dans des récipients en verre où il reste à peine quelques millimètres de cire. Globalement, rien ne me paraît en très bon état. Ce sont des choses que, personnellement, je n'aurais pas osé donner, et qui seraient parties directement au recyclage ou à la poubelle. Peut-être me suis-je fixé des critères trop restrictifs (ceux d'une troc party, plus ou moins)?




Je viens de finir de ranger le contenu de notre première caisse dans la Givebox quand un monsieur d'un certain âge apparaît et nous signifie qu'il aimerait emporter les trois autres. J'imagine qu'il compte essayer de revendre les affaires que nous voulions donner, et ça me contrarie pas mal. Mais je me dis aussi qu'il n'a qu'à attendre que nous ayons le dos tourné pour les emporter, donc bon. Chouchou pousse la gentillesse jusqu'à l'aider à transporter les caisses chez lui, à deux pas de là.

L'histoire me chiffonne pendant tout le reste de la journée. Oui, je voulais me débarrasser de ces objets, et je ne comptais pas en tirer d'argent. Mais j'aurais aimé qu'ils aillent gratuitement à leur utilisateur final, sans faire l'objet d'un monnayage (même à faible prix) de la part d'une tierce personne. Si ça se trouve, ce monsieur récupère tous les dons intéressants pour faire les brocantes avec, ce qui me paraît détourner l'initiative de son but. En même temps, sans doute a-t-il besoin de gagner sa vie, et n'a-t-il pas trouvé de meilleur moyen. Deux jours plus tard, après y avoir beaucoup réfléchi, j'avoue que je ne sais toujours pas quoi en penser. 


lundi 21 juillet 2014

"Le serpent d'eau"


Alors qu'elle se baigne dans la rivière, la brune Mila rencontre la blonde Agnès, une fille étrange et audacieuse dont les dents la fascinent immédiatement. Tandis que naît entre elles une amitié intense, faite de trouble et de transgressions, des rêves aquatiques commencent à hanter le sommeil de Mila. Puis le petit frère d'Agnès lui apprend que sa soeur est morte des années auparavant...

Inclassable et magnifique, "Le serpent d'eau" baigne d'un bout à l'autre dans l'onirisme et la fantasmagorie. Le graphisme de Tony Sandoval réussit l'alliance du merveilleux et de l'inquiétant sans verser dans un gothique convenu. Dans la première moitié, son rendu de la lumière et de l'air est tout à fait saisissant; j'avais l'impression de sentir le soleil et le vent sur ma peau. La seconde partie, beaucoup plus sombre, ne devient pourtant jamais lugubre. L'auteur maîtrise les codes de la culture fantastique et en joue d'une façon unique. Impossible de savoir quoi s'attendre d'une page sur l'autre; pourtant l'histoire est cohérente et se termine sans laisser le lecteur sur sa faim, tout en préservant une juste part de mystère. J'ai aussi beaucoup aimé l'ambiguïté des deux héroïnes, personnages forts et nuancés, à mille lieues de tous les clichés sur la féminité naissante. Un roman graphique envoûtant.




Cette planche, qui a servi comme couverture de la version anglophone, dégage une atmosphère radicalement opposée à celle de la couverture de la VF.

Un vrai week-end d'été, enfin!




La première journée de grosse chaleur à Bruxelles mérite bien que, mes 45 000 signes du jour sauvegardés, j'aille me mettre au frais à l'Amour Fou avec un mojito et une bédé recommandée par le vendeur du Cook & Book; déception: "Cet été-là" ne me touche absolument pas, il va me falloir au moins un second mojito pour m'en remettre; descendre sans me presser jusqu'à la place Flagey où des gamins jouent dans les jets d'eau; avec Chouchou qui sort du body pump, entrer d'abord chez les Super Filles du Tram et être rebutés par l'atmosphère étouffante; quant au resto italien situé un peu plus haut et que nous voulons essayer depuis des mois, sa terrasse est bien entendu prise d'assaut en ce vendredi soir; finir au Walkin Thai dont nous avions déjà testé la bouffe à livrer: c'est rapide, peu subtil, mais goûtu et pas cher; ne pas réussir à finir mon pad thai au tofu; rentrer en traînant un peu les pieds car j'ai encore une ampoule sous le gauche, toujours au même endroit; ma jolie robe à imprimé hirondelles 100% synthétique me colle atrocement à la peau; tu sais que c'est vraiment l'été quand tu dois prendre une douche avant de sortir et une autre à ton retour; béni soit l'inventeur du thé glacé.




Cette nuit, Chouchou n'a même pas défait le lit, préférant dormir tout nu par-dessus les draps; le yoga en plein air, à l'ombre des grands arbres devant chez Claudia, c'est un peu la meilleure idée du siècle; par contre, un câlin de groupe au saule? v-vraiment?; je sais: "rétablir la connexion avec la terre", ça paraît terriblement hippie, mais marcher pieds nus dans l'herbe fait un bien fou; chouette, je vais enfin pouvoir me débarrasser de ces mugs, de ces théières et de ces lampes surnuméraires, de ces albums de scrap inutilisés depuis des années et de cette patère rescapée de notre ancien appartement; l'imprimante refuse de fonctionner avec nos cartouches d'encre recyclées; le 0,01€ d'erreur systématique (en trop) sur ma facture Orange, si je le multiplie par quelques millions de clients, ça leur fait combien de bénéfice occulte par mois?; avec cette chaleur, je peux bien pendre le linge et attendre qu'il sèche au lieu de le faire porter à la laverie par Chouchou; 130€ la semaine de courses pour une personne (pas moi...) faisant un régime à 1600 calories par jour: ça coûte drôlement cher de ne rien bouffer; mon point de croix est presque fini, mais je me demande si je vais mettre du doré aux extrémités du dragon: le fil métallique est tellement chiant à travailler!; les pâtes à la pseudo-Norma, avec des courgettes à la place des aubergines et du chèvre frais en guise de ricotta au four, c'est pas mal du tout non plus; "Boyhood" est une expérience cinématographique intéressante mais dont je ne conserverai rien a posteriori; j'aime les petites tables sur les trottoirs et les gens qui y bavardent encore en buvant et en fumant à presque minuit; voyons si j'ai plus de chance avec la seconde bédé achetée au Cook & Book cette semaine.




Après plusieurs mois de silence béni, ça fait deux-trois nuits que Chouchou recommence à ronflouiller; j'ai aimé être réveillée vers 5h du matin par le crépitement d'une pluie d'été sur les vitres; réserver les billets de Thalys retour pour octobre, ça, c'est fait!; le planning de ce second semestre 2014 me met le coeur en joie; le smoothie banane-chou vert-amande is the new peluche Totoro; Monsieur Tout-le-Monde devrait devenir Monsieur Tout-Nu; la pire crawleuse du monde (éclabousse à mort, avance moins vite qu'une nonagénaire en déambulateur) vient se coller à moi; au début, je trouvais ça relaxant, la piscine, mais maintenant, je passe le plus gros de ma séance à pester intérieurement contre les autres nageurs; si je résume: la piscine me met dans de mauvaises dispositions vis-à-vis du reste de l'humanité, alors que les mojitos, c'est l'inverse - je pense qu'il y a une leçon à en tirer; et donc, la Givebox, ça avait l'air d'une super idée, mais là, je m'interroge; c'est rigolo, cette fermette en plein milieu de la ville, et ça le serait encore plus si on arrivait à décrypter l'indice "D1 a", ou même juste à trouver la géocache sans son aide; le sorbet au pamplemousse de Capoue, plein de zestes confits, déchire des ratons-laveurs en maillot de bain; finissons tranquillement l'après-midi en bouquinant au comptoir de Filigranes avec une tasse de Temple Céleste, et profitons-en pour acheter le manga oublié chez Junku la semaine dernière; le gros con flamand qui refuse de reculer pour qu'on puisse se garer, au prétexte qu'on n'a qu'à se mettre sur une autre place - sauf que c'est une voiture Cambio et qu'on doit la laisser là, pas dix mètres plus loin ou dans la rue d'à côté - ne me gâchera pas la fin de cette belle journée; ma mère reçoit la visite d'un cousin de mon père pour la semaine, et m'expédie en quatre minutes sur Skype: good for her; "The Breakfast Club" est surjoué et simpliste mais étrangement attachant, et non, je n'étais pas trop vieille pour le découvrir; demain c'est férié en Belgique mais il faudra que je bosse quand même.

dimanche 20 juillet 2014

"Boyhood"


Richard Linklater, c'est le réalisateur auquel on doit la trilogie des "Before sunrise/sunset/midnight", qui suit un couple à intervalles de 9 ans dans la réalité comme sur la pellicule. Dans "Boyhood", il pousse l'expérimentation cinématographique encore plus loin: tourné sur une période de 12 ans, à raison de quelques jours chaque année, le film montre en temps réel l'évolution d'une famille fictive dont les parents sont interprétés par Patricia Arquette et Ethan Hawke (déjà partie prenante du projet "Before..."). Ainsi, on voit les comédiens grandir et vieillir à l'écran sans le moindre trucage. Le projet était risqué: le jeune Ellar Coltrane aurait pu décider à tout moment qu'en fin de compte, le cinéma, ce n'était pas son truc, et Richard Linklater aurait eu bien du mal à boucler son film de façon satisfaisante. Mais tout s'est bien passé, et on peut admirer l'étonnant résultat sur les écrans depuis mercredi dernier.

Ne vous attendez pas à un scénario particulièrement complexe: il s'agit juste du quotidien d'une famille éclatée et recomposée avec plus ou moins de succès. D'un côté, le père immature capable de disparaître un an et demi en Alaska avant de revenir assurer les gardes du week-end auprès de ses enfants; un peu glandeur, il conduit une bagnole vintage, vit en colocation avec un pote musicien comme lui et ne semble pas prêt à se ranger. De l'autre côté, la mère bien forcée d'assumer seule reprend des études de psychologie et enchaîne deux mariages désastreux. Au milieu, Mason Junior, enfant introverti âgé de 6 ans au début du film et 18 à la fin, se fait trimballer un peu partout à travers de Texas, d'une maison à l'autre et d'une école à l'autre. On le voit vivre les expériences typiques de l'adolescence, se découvrir une passion pour la photo, rompre avec sa première petite amie sérieuse, décrocher son diplôme d'études secondaires et partir en fac. Et c'est tout. Et c'est bien assez du point de vue de Chouchou, mais un peu juste du mien. Si j'ai été fascinée par le côté expérimental du film, j'aurais aimé que celui-ci me montre une trajectoire un peu moins banale, un peu plus remarquable. Dieu sait qu'en 2h44, il aurait eu le temps de le faire. Là... je ne me suis pas ennuyée, mais je sais qu'a posteriori, je ne conserverai aucune trace de "Boyhood".

samedi 19 juillet 2014

"The hundred-year house" (et ma première visite chez Shakespeare & Co)




Ca fait déjà une vingtaine d'années que je viens régulièrement à Paris; pourtant, je n'avais encore jamais mis les pieds chez Shakespeare & Co, réputée comme une des plus belles librairies du monde. J'ai remédié à cette navrante omission jeudi dernier, et je dois dire que je n'ai pas été déçue (sinon par l'interdiction de prendre des photos à l'intérieur). Shakespeare & Co, c'est un peu le bookstore platonicien, l'idée universelle de la librairie faite papier, étagères sol-plafond, échelles branlantes, poutres apparentes, escalier tordu et recoins débordant de mille trésors. Les allées y sont sombres et étroites; les fauteuils de l'étage donnent envie de s'installer là pour une journée entière.

J'étais venue avec une liste de quatre titres que j'aurais aimé acheter, et malgré le nombre des ouvrages en stock, ils n'en avaient aucun. Alors, je me suis laissée tenter par un hardcover (le genre de truc que je n'achète jamais d'habitude, parce que ça coûte trop cher, que c'est trop lourd à trimballer et que ça prend trop de place dans ma bibliothèque), un roman d'une auteure dont je n'avais entendu parler, mais avec une quatrième de couverture qui me faisait saliver. A la caisse, la dame m'a demandé si je voulais un tampon de la librairie; j'ai répondu "Yes please" avec un énorme sourire, et réclamé un joli sac en papier en plus du marque-page qu'elle venait de glisser à l'intérieur. Puis j'ai prié pour que le bouquin soit réellement bien et que j'aie envie de le garder après l'avoir lu, et pas seulement pour sa valeur de souvenir.




"The hundred-year House", c'est l'histoire d'une maison peut-être hantée et de ses occupants successifs, dont le destin sera toujours marqué par une chance ou une malchance extrême. Depuis les Devohr, riches propriétaires à la famille décimée par la folie et les suicides, jusqu'aux artistes de la colonie installée là pendant la première moitié du vingtième siècle, tous verront leur vie irrémédiablement changée par leur passage entre les murs de Laurelfield. 

Sur cette trame déjà alléchante en soi vient se greffer une structure audacieuse: Rebecca Makkai a choisi de raconter son histoire à rebours. Ainsi, le roman commence au tournant du millénaire et s'achève par un prologue situé en 1900. En remontant le fil du XXème siècle, le lecteur attentif qui aura précédemment relevé certains détails étranges découvrira peu à peu leur explication et reconstituera par lui-même une grande partie des secrets de Laurelfield... et arrivé à la fin, il se sentira presque obligé de reprendre dès le début pour voir s'il n'a pas laissé passer certains éléments. 




J'aurais pu considérer "The hundred-year house" comme un chef-d'oeuvre à deux détails près. D'abord, le grand nombre des personnages signifie que l'auteur n'a pas pu développer beaucoup chacun d'entre eux, et comme la plupart sont assez irritants voire très antipathiques, on peine à s'y attacher. Ensuite, si les mystères séculiers trouvent tous une explication, je suis restée un peu sur ma faim quant à la résolution de l'aspect surnaturel de l'histoire. Malgré ça, le deuxième roman de Rebecca Makkai m'a tenue en haleine d'un bout à l'autre et procuré un grand plaisir de lecture.  Ca tombe bien, parce que je n'avais vraiment pas envie de m'en séparer!

vendredi 18 juillet 2014

Nouveaut(h)é: Thé d'Orient N°2 de Dammann Frères




C'est dans la boutique de l'Institut du Monde Arabe, à la sortie de l'exposition sur l'Orient-Express, que je me suis laissé tenter par un des deux mélanges orientaux concoctés par Dammann Frères: le N°2. Thé vert, jasmin, lychee, pamplemousse, pêche de vigne et pétales de rose. J'ai un peu hésité à cause du dernier ingrédient, dont je ne raffole vraiment pas, mais le reste m'inspirait beaucoup, et en bonne collectionneuse, j'avais très envie de la boîte créée spécialement pour l'occasion. Je me suis dit qu'au pire, je ne manquais pas d'amies théophiles qui seraient heureuses de le récupérer.




Chouchou et moi l'avons goûté le soir même dans de jolies tasses bleues, pendant que nous surfions sur nos iPad dans le salon de l'appartement airbnb à la déco vintage que nous avions loué près de la Gare du Nord. Première constatation: la rose est assez discrète pour que je trouve le mélange délicieux. Deuxième constatation: le côté romantique de ce thé est exacerbé par la délicatesse de la tasse dans laquelle nous le buvons - il me semble que dans un de mes mugs bien-aimés, et néanmoins peu raffinés, je ne l'aurais pas apprécié autant. Troisième constatation: hélas, la surface de contact avec l'air ambiant étant plus importante, le thé refroidit plus vite dans une tasse (même délicate) que dans un mug (même peu raffiné). La perfection n'est décidément pas de ce monde!



jeudi 17 juillet 2014

De l'angoisse et de la réalité




En septembre 2008, Chouchou et moi nous sommes rendus à Copenhague pour la première fois. Nous logions à l'hôtel Fox. Un matin, au petit déjeuner, nous avons levé la tête de nos tables trop basses vers l'écran plat qui diffusait les informations d'une chaîne anglophone. Des hommes en costume à l'air très agité parlaient de la crise des subprimes qui venait d'éclater et prédisaient des conséquences désastreuses. Je n'avais pas la moindre idée de ce qu'était une subprime, et j'imaginais que les conséquences en question n'affecteraient que les USA, ou que le secteur bancaire. J'ai bu mon thé vert et mangé mon yaourt bio très sereinement avant de sortir continuer mon exploration de cette ville pour laquelle j'avais eu un gros coup de coeur. Depuis, le monde occidental a plongé dans une grave crise financière qui affecte tous les pays, tous les secteurs d'activité et presque tous les gens que je connais, moi y compris, remettant en cause les fondements mêmes du capitalisme. 

En avril 2010, nous étions au Japon depuis quelques jours quand le volcan islandais Eyjafjöll est entré en éruption à l'autre bout du monde, répandant ses cendres au-dessus de l'Atlantique et semant la panique dans le traffic international. Les clients de notre ryokan qui étaient censés rentrer chez eux à ce moment-là ont vu leur vol annulé; les ambassades comme les compagnies aériennes restaient injoignables ou n'avaient aucune solution à proposer, et les hébergements d'un prix abordable étaient tous complets à l'approche de la Golden Week. Tokyo n'est PAS une ville bon marché. S'y retrouver coincé à l'improviste, alors que vous avez déjà épuisé votre budget vacances et qu'on vous attend au boulot le surlendemain, est une expérience un poil stressante. J'ai passé les deux derniers tiers de notre séjour à paniquer à l'idée que ça nous arrive aussi, et je n'ai que très peu profité de ces vacances. Finalement, le traffic a repris peu à peu l'avant-veille de notre départ, et nous avons pu rentrer sans problème. 

Si je raconte ces deux incidents, ce n'est pas pour démontrer mon absence totale de clairvoyance: les économistes mis à part, peu de gens devaient être capables d'anticiper les conséquences réelles de la crise des subprimes, et même les météorologues ne pouvaient prédire quand le nuage de cendres de l'Eyjafjöll se dissiperait. Je voulais juste mettre en évidence que, dans un sens comme dans l'autre, le phénomène de l'angoisse est totalement déconnecté de la réalité. On peut se mettre dans tous ses états à la pensée d'une catastrophe qui ne se produira jamais, et voir son existence bouleversée par un événement qu'on n'a pas vu venir le moins du monde. L'angoisse est non seulement irrationnelle, mais vaine. Ca fait partie des choses que je me répète en boucle quand elle tente de me submerger. Et quelquefois, ça m'aide à la tenir à distance.

mercredi 16 juillet 2014

Café Pinson: chic, du végétarien bio sans gluten ni lactose!




Même si les endroits où manger sainement se multiplient depuis quelques années, on ne trouve pas encore tellement de restos qui servent de la nourriture bio, végétarienne, sans gluten ni lactose. A Paris, nous avons choisi de tester l'un des deux Café Pinson dont j'avais lu beaucoup de bien dans la presse et sur un certain nombre de blogs. Notre emploi du temps ne nous a malheureusement pas permis de viser le brunch du week-end, réputé délicieux; aussi nous sommes-nous contentés d'une formule déjeuner en semaine. 







Arrivés vers 11h30, nous nous sommes installés dans une banquette pour deux personnes ultra-cozy, face à la vitrine. Nous avons commencé par goûter un chocolat chaud au lait de noisette: effectivement, ça remplace le lait de vache de manière très satisfaisante, et nous allons l'adopter pour la maison. Un peu après midi, nous avons passé commande de deux menus à 19,50€. Nous avions le choix parmi entrée/plat/dessert, entrée/plat/boisson ou plat/dessert/boisson, et nous avons opté pour la deuxième possibilité. Pour commencer notre repas, nous avons donc eu droit à un petit bol de soupe de légumes verts parsemés de graines diverses, qui était un vrai régal. Ensuite, une assiette du jour pour Chouchou (une tortilla de pommes de terre et d'oignons savoureuse d'après lui) et une grande salade pour moi. Je n'ai pas réussi à identifier tous les ingrédients, mais une chose est certaine: c'était frais, plein de goût, varié, digeste et rassasiant à la fois - bref, une vraie réussite. Pour arroser le tout, un jus de fruits pressés avec entre autres du kiwi et du gingembre. 




La salle est plaisante: confortable, lumineuse, peu bruyante et équipée de wifi gratuit. Rien à redire non plus sur le service, sympa et souriant. Nous reviendrons sûrement pour le brunch lors d'un prochain séjour à Paris. 

58 rue du Faubourg Poissonnière 
75010 PARIS
et aussi:
6 rue du Forez
75003 PARIS
Ouvert tous les jours

mardi 15 juillet 2014

Shopping in Paris: his & hers



HIS: Books, stationery & clothing

- 2 jeans Uniqlo straight, regular fit, dans des couleurs différentes, parce qu'il a tellement perdu de poids que ses autres pantalons ne tiennent plus, même avec une ceinture!
- 1 paire de Docs 10 trous, délavées bleu sur le devant et à l'arrière, qui étaient soldées à -40% à la boutique de la marque près des Halles - une super affaire. Les précédentes avaient la semelle fendue de part en part et prenaient l'eau; il était temps d'en changer.
- 2 mangas et 1 bédé
- 2 carnets Moleskine



HERS: Books, stationery & tea

- 5 livres: 3 romans grand format en anglais (2 achetés chez W.H. Smith, 1 chez Shakespeare & Co), 1 carnet de voyage au Japon et 1 roman japonais en VF (achetés chez Junku), tout ça dans la continuité de ma démarche "réduisons les commandes Amazon"
- 1 classeur-accordéon rouge dans lequel je compte ranger les cartes que je reçois, déniché chez Tout Noté
- 1 cahier Alice au pays des merveilles
- 2 rouleaux de masking tape large, 3 cartes, 3 planches de stickers
- 1 boîte de Thé de l'Orient #2 Dammann Frères, auquel je consacrerai prochainement un billet
- 1 boîte de tisane de bambou
- 1 bol japonais avec des carpes bleues dans le fond, sélectionné parmi plein d'autres mignonnitudes chez Mon panier d'Asie
- 1 vernis double Revlon - un petit caprice pailleté
- 1 mini-savon de Marseille parfumé à l'olive, parce que l'odeur me ramène instantanément à la maison
- 0 fringue ou paire de chaussures malgré les soldes, merci d'applaudir la performance!

Yoom, le spécialiste des dim sum




Pour ceux qui ne connaîtraient pas, les dim sum sont des bouchées asiatiques cuites à la vapeur dans un panier en bambou, une sorte de ravioli fourrés à la viande et/ou aux légumes. A Paris, les trois restaurants Yoom, qui s'en sont fait une spécialité, en proposent de nombreuses variétés à la carte ou sous la forme de deux menus: un végétarien à 21€, et un "dragon" à 26€ comprenant une douzaine de bouchées différentes, plus un riz sauté aux légumes ou une salade. 




Grâce à un système de réservations internet très au point, nous avions retenu une table jeudi dernier à 20h, dans l'établissement de la rue des Martyrs. Murs de brique, profusion de lampes à l'éclairage feutré, tables grandes ou petites assez rapprochées les unes des autres, quelques banquettes turquoise brodées de rouge et un niveau sonore très acceptable même une fois la salle pleine donnent une atmosphère mi-cantine, mi-intimiste. La commande est prise et servie rapidement: d'abord les accompagnements, puis les dim sum eux-mêmes, en deux fois.





Les saveurs sont variées et assez subtiles; dommage que la seule sauce proposée contienne beaucoup de vinaigre et en gâche un peu certaines. J'aurais aimé qu'on nous offre plus de choix: de l'aigre-doux et de la cacahouète, par exemple, qui auraient fait davantage ressortir le parfum des garnitures. Je l'ai d'ailleurs signalé dans le bref questionnaire de suivi reçu par mail le surlendemain de notre dîner. Ceci mis à part, j'ai été très satisfaite de ce dîner à la fois gourmand et léger, qui a comblé mon envie d'exotisme sans faire exploser le compteur calorique.

20, rue des Martyrs 
75009 PARIS 
ou
5 rue Grégoire de Tours 
75006 PARIS
ou
Maison de la Chine
76 rue Bonaparte
75006 PARIS

lundi 14 juillet 2014

[PARIS] Hint Hunt: Le bureau de James Murdoch




Hint Hunt (en français: la chasse aux indices) est un jeu grandeur nature originaire d'Angleterre, et disponible à Paris depuis décembre 2013. Une équipe de 3 à 5 personnes est enfermée dans une pièce où elle doit résoudre une série d'énigmes pour parvenir à se libérer en une heure maximum. En bonne géocacheuse et grande amatrice de puzzles intellectuels, je ne pouvais qu'être séduite par ce concept. Après avoir rameuté deux amies parisiennes pour atteindre ce que les organisateurs considèrent comme le nombre de participants idéal, Chouchou et moi avions donc réservé un créneau pour vendredi dernier à 14h. Coût par personne pour une équipe de 4 en "heures creuses": 23€. Et franchement? Ca les vaut bien!




Suite à une défection, nous n'avons finalement été que 3 à tenter l'expérience. Une gentille organisatrice nous a fait un briefing et expliqué les règles, qui sont assez simples. Puis nous avons pénétré dans le bureau de James Murdock, où un crime venait d'avoir lieu. Notre objectif? Découvrir l'assassin, si possible, et surtout réussir à sortir avant l'arrivée de la police, 60 mn plus tard. Du jeu lui-même, je ne peux pas révéler grand-chose pour ne pas spoiler les futurs participants. Disons que j'étais partie sur le concept d'une murder party sans personnages, et que ça n'est pas vraiment ça. Il ne s'agit pas de jouer les Sherlock Holmes et de tenter de reconstituer une histoire sur des bases logiques, mais de découvrir des éléments permettant de reconstituer des codes qui débloquent de nouveaux éléments, et ainsi de suite jusqu'à ce que les participants mettent la main sur la "clé" nécessaire à leur évasion. Du coup, j'ai perdu du temps à essayer de donner un sens à des choses qui n'en avaient pas, et à paniquer intérieurement parce que je voyais les minutes défiler sans que se présente le début de l'ombre d'une explication générale.

Mais à côté de ça, Chouchou, notre amie Frais des bois et moi-même enchaînions les découvertes et nous cassions la tête pour assembler correctement les indices dans une atmosphère de plus en plus survoltée. Nous courions dans tous les sens en criant ce que chacun faisait - car la communication et la concertation entre membres de l'équipe sont cruciales. De temps à autre, la gentille organisatrice, qui pouvait voir et entendre tout ce qui se passait dans la pièce, nous donnait un petit coup de pouce par l'intermédiaire d'un écran sur lequel elle inscrivait un message. A cinq minutes de la fin, alors qu'il commençait à devenir évident que nous ne serions pas dans les temps, Chouchou a fait un grand geste avec un des accessoires. J'ai entendu "poc" sur mon incisive droite et senti le goût de mon sang dans ma bouche. Heureusement, ma dent n'était pas cassée, mais je me suis fait une belle frayeur! Malgré l'aide fréquente de la gentille organisatrice, le compte à rebours a atteint zéro une dizaine de secondes avant que nous puissions nous libérer. Il paraît que seules 50% des équipes y parviennent dans l'heure impartie (le record est d'environ 51 minutes, et une bouteille de champagne sera offerte à quiconque le battra!). 




Bilan? Même si ce n'était pas ce que j'avais imaginé, même si j'ai un peu risqué la vie de mes dents sur ce coup-là et même si nous avons échoué au final, je me suis énormément amusée, et je n'ai pas été la seule. Apprenant que l'équipe organisatrice ouvrait très prochainement une seconde énigme baptisée "Zen" deux immeubles plus loin, Chouchou et Fraise des bois ont aussitôt convenu qu'il fallait absolument qu'on revienne pour la faire. Avec l'expérience de la première (et idéalement un coéquipier supplémentaire), cette fois, nous arriverons peut-être à nous évader! Dans le cas contraire, tant pis: nous nous serons quand même bien marrés. 

58 (et bientôt 62) rue de Beaubourg
75003 PARIS
Métro Arts et Métiers (lignes 3 et 11)