mercredi 26 juillet 2017

Où je recommence à faire des projets



Je ne m'en suis pas rendu compte tout de suite, mais depuis sept ans, j'ai cessé de faire des projets d'avenir. 

Au mois de septembre 2010, on a diagnostiqué un cancer à mon père, et j'ai aussitôt mis entre parenthèses mes projets de grands voyages - je ne voulais pas être à l'autre bout du monde si son état empirait brusquement. Pendant deux ans, j'ai vécu entre Bruxelles, Toulon et Toulouse selon un planning soigneusement calculé et en passant une bonne partie de ma vie dans des TGV. Au final, mon père est mort en octobre 2012, et je n'étais quand même pas près de lui ce jour-là. 

Après ça, les problèmes de disponibilité par rapport au boulot de Chouchou (et aussi, un peu, d'argent) nous ont toujours empêchés de programmer le fameux road trip californien que nous avions initialement envisagé pour 2011, à plus forte raison de mener l'existence nomade dont nous rêvions lorsque nous nous sommes mis ensemble il y a presque onze ans. Je me sentais coincée dans des limbes qui ne dépendaient pas de moi et dont je ne pouvais par conséquent rien faire pour sortir - à moins de mener ma vie toute seule, ce dont il n'a jamais été question: plus que faire ces choses-là, je voulais les faire avec Chouchou. 

Et puis, la quarantaine passée, j'ai commencé à accumuler les symptômes de vieillissement. Du jour au lendemain, l'ovale de mon visage s'est fait la malle, et je ne me suis plus reconnue dans le miroir; je suis devenue presbyte, et mon métabolisme qui n'appartenait déjà pas à la Team Speedy Gonzalès a donné un coup de frein très net. J'ai eu l'impression d'être passée sur l'autre versant de la vie, d'avoir entamé la pente descendante où chaque jour allait désormais être un peu moins bien que le précédent. D'autant que sur le plan professionnel, mon secteur connaissait de grosses difficultés qui me faisaient craindre de ne pas pouvoir continuer à exercer mon activité jusqu'à la retraite. 

Petit à petit, sans m'en rendre compte, j'ai cessé de me projeter dans l'avenir parce qu'il me semblait que ce que je pouvais souhaiter de mieux, c'était m'accrocher le plus longtemps possible à ce que je possédais. Je me disais que j'avais une situation assez enviable dans le fond: une chouette relation amoureuse, un métier que j'adorais, pas (encore) de soucis d'argent ou de gros pépins de santé... Je voyais beaucoup de gens autour de moi se débattre dans au moins de un ces quatre domaines, et je me disais que ça aurait été épouvantablement arrogant et cupide de ma part d'aspirer à davantage. Donc, je me contentais d'enfiler les jours les uns à la suite des autres. Et je m'ennuyais un peu, à vrai dire. 

J'ai eu un premier déclic en mars, durant un déjeuner avec une éditrice et amie. Comme je lui faisais part de mon rêve secret de bosser un jour pour Actes Sud, elle m'a demandé tout étonnée pourquoi je ne les contactais pas. J'ai répondu que je n'osais pas - que j'étais connue comme traductrice de littérature de genre et qu'ils me riraient sans doute au nez. Elle m'a dit: "Tu rigoles? N'importe qui aurait de la chance de bosser avec toi." Ce qui m'a fait hyper plaisir, mais qui m'a obligée à avouer la véritable raison pour laquelle je n'avais tenté aucune prise de contact: mon planning reste plein malgré les difficultés actuelles du secteur, alors que des collègues tout aussi doués que moi connaissent régulièrement des périodes de chômage technique. Donc, j'aurais eu l'impression d'abuser en cherchant à améliorer encore ma situation professionnelle. Et comme ces mots quittaient ma bouche, je me suis rendu compte de leur inanité. 

En juin, parce que j'avais vraiment beaucoup bossé les sept mois précédents, j'ai décidé de m'accorder un mois sabbatique et d'en profiter pour écrire à Actes Sud, mais aussi à d'autres éditeurs pour lesquels j'aimerais bien travailler un jour. Je n'ai finalement envoyé que quatre mails (et n'ai reçu de réponse à aucun). Mais pendant ces semaines d'oisiveté où je n'ai pas fait grand-chose d'autre que lire des dizaines de bouquins, écrire des billets de blog et manger des glaces ou boire des cocktails avec mes copines, mon cerveau a eu la liberté d'examiner mes frustrations de plus près et de rejeter comme ineptes chacun de mes arguments pour ne pas chercher à les soulager. 

Jusqu'à cet après-midi de glande dans un grand hôtel d'Oslo où  Chouchou et moi prenions un afternoon tea début juillet, l'avant-dernier jour de nos vacances norvégiennes, et où je me suis entendue formuler ce dont j'avais vraiment envie pour la suite de notre existence commune: un aménagement de notre projet initial, tenant compte des obstacles imprévisibles il y a dix ans mais aussi des atouts que nous avions développés entre-temps et négligé d'exploiter jusqu'ici. Plus un début de plan d'action concret. C'est sorti en une demi-heure, et ça m'a paru d'une évidence si lumineuse que je me suis demandé pourquoi je n'avais pas décoincé plus tôt. (La réponse étant sans doute: "Avant l'heure, c'est pas l'heure" - version philosophie de bazar - ou "Parce que tu es épouvantablement velléitaire" - version lucidité désagréable.)

Et donc, depuis quelques semaines, je recommence à échafauder des projets, ce qui me fait un bien fou au moral. Je ne m'étais pas sentie aussi bouillonnante d'idées et d'énergie mentale depuis très longtemps. De la politique dite "du moindre effort pour maintenir le statu quo", je suis passée en mode: "C'est maintenant ou jamais, donc, autant que ce soit maintenant". Le gros avantage, c'est que cette tournure d'esprit positive rejaillit sur un peu tout le reste: je fais preuve de plus de bonne volonté dans mes rapports avec les autres; je suis moins encline à ruminer mes angoisses et à imaginer un incroyable assortiment de catastrophes. Pourvu que ça dure! Je vais tout faire pour, en tout cas. 

mardi 25 juillet 2017

"Bruxelles est un plaizier" au Bozar




Depuis 40 ans, la boutique Plaizier et ses cartes postales qui montrent la ville sous tous les angles sont une véritable institution à Bruxelles. En ce moment, on peut admirer des centaines d'entre elles au Bozar, classées par quartier ou par thème. Une bonne occasion de mesurer l'évolution architecturale de la capitale belge et de découvrir certains lieux - notamment les maisons Art Déco les moins connues. 





Je m'attendais à voir des agrandissements, moins nombreux certes mais plus faciles à admirer. Là, malgré la richesse de l'expo, j'ai trouvé un peu rude de passer mon temps à raser les murs le nez collé aux cadres. Problème de quadra presbyte, me direz-vous. Néanmoins, j'ai trouvé l'expo fort intéressante aussi bien pour les touristes qui auront d'un coup un bel aperçu de toute la ville à travers les dernières décennies, que pour les autochtones qui se prendront une bonne petite bouffée de nostalgie. 





jusqu'au 10 septembre 2017
Bozar
Rue Ravenstein 23
1000 Bruxelels
Tarif plein: 6€
Fermé le lundi

lundi 24 juillet 2017

Où j'achète mes jolies robes




Mes Instagram du week-end dernier m'ont valu plein de compliments sur mes robes. C'est drôle, parce que dans mon groupe d'amies à Bruxelles, je ne suis de loin pas la mieux habillée: Sunalee et Gasparde, par exemple, savent coudre et se font des vêtements magnifiques avec des tissus aux imprimés sublimes qu'elles commandent parfois jusqu'à Hong-Kong. Et même si j'admire beaucoup le résultat, je sais que je ne vais jamais pouvoir en faire autant: d'abord je n'ai pas la place d'installer un atelier couture, ni à Bruxelles ni à Monpatelin; ensuite, je ne possède ni la patience ni la précision nécessaires pour me lancer dans ce genre d'entreprise. Du coup, je me rabats sur ce qui est disponible dans le commerce! 

dimanche 23 juillet 2017

C'était la semaine où... (#29)




...j'ai reçu un service de presse en format numérique, ouvert le fichier sur mon iPad juste pour vérifier qu'il avait bien chargé et relevé la tête une heure plus tard en ayant lu la moitié du bouquin. Oups. 
...on m'a proposé un projet tellement secret que j'ai dû signer une clause de confidentialité pour la seconde fois de ma carrière. Même après négociation, l'à-valoir n'est pas considérable, mais ça fera joli sur mon CV. (Et avec un peu de chance, ça se vendra si bien que je me rattraperai sur les droits d'auteur excédentaires - on peut toujours rêver!)