mercredi 26 avril 2017

Palmarès des mauvaises raisons de s'abstenir ou de voter blanc au second tour


Dessin: Uderzo

- "De toute façon, Macron va l'emporter, ce n'est pas la peine que je me salisse les mains en allant voter pour lui". La victoire de Macron est à peu près aussi garantie que celle de Clinton pendant les dernière élections américaines. C'est dire si l'argument me rassure. En France aussi, il s'est passé des trucs chelous pendant le premier tour (500 000 cartes d'électeurs émises en double, des tas de radiations injustifiées, dont 80 000 rien que dans le Val-de-Marne...). En France aussi, il est permis de soupçonner que Poutine cherche à influencer le résultat final. Et même si on n'est pas complotiste pour deux sous: malgré la consigne de Fillon, il y a fort à parier que la droite dure votera Le Pen, ou ne votera pas. Si la droite raisonnable et la gauche s'abstiennent aussi, on fera mentir les sondages une fois de plus, et il sera trop tard pour geindre "Si j'avais su" façon Brexiters.

- "Si on élit Macron maintenant, on aura Le Pen en 2022". Donc, comme on ne veut absolument pas avoir Le Pen en 2022, on va prendre le risque de la laisser passer dès aujourd'hui? C'est ça, la formidable logique du truc? Expédier d'abord le dossier le plus chiant? Se forcer à avaler les haricots surgelés vert fluo du FN en espérant que les frites grasses et croustillantes du renouveau gauchiste suivront dans la foulée? Finir par avoir un(e) président(e) d'extrême-droite n'est pas une fatalité. Comment on évite ça? Election après élection, on vote utile au second tour. Même si ça fait mal au fondement. (Ou alors, on estime que le concept de démocratie a fait son temps et qu'il faut une révolution, mais dans ce cas, on n'a pas voté au premier tour et la question de quoi faire au second ne se pose même pas.) Il peut se passer beaucoup de choses en 5 ans. Une troisième guerre mondiale durant laquelle on succombera tous aux radiations nucléaires - ou juste un anévrisme cérébral qui laisserait le FN décapité au moment opportun. Personne ne peut dire de quoi demain sera fait. La seule chose en notre pouvoir, c'est sauver aujourd'hui.

- "Puisqu'on n'a pas eu ce qu'on voulait, vous pouvez tous crever, bande d'abrutis qui n'avez pas voté comme nous". Ne ricanez pas, je l'ai vue passer une bonne douzaine de fois sur mon mur Facebook - et encore, j'évite de lire les statuts des Mélenchonistes fanatiques en ce moment. Je ne vais pas me faire que des amis sur ce coup-là, mais tant pis: de mon point de vue, cette réaction est digne d'un enfant de 5 ans qui pique une colère parce que ses parents viennent de lui refuser un paquet de Haribo à la caisse de Carrefour (histoire de poursuivre dans les métaphores alimentaires), ou du jeune Pépé d'"Astérix en Hispanie" qui s'arrête-de-respirer-jusqu'à-ce-qu'il-lui-arrive-quelque-chose quand on ne cède pas à ses caprices. Et, oui, j'ai conscience qu'une société meilleure, c'est un enjeu largement supérieur à une poignée de bonbons. Raison de plus pour avoir une réaction mature quand il nous passe sous le nez, et continuer à se battre pour ce qui peut encore être obtenu au lieu de sombrer dans le nihilisme.

- "Pour moi, Macron et Le Pen, c'est kif-kif et bourricot". Si vous avez prononcé cette phrase, vous êtes probablement blanc et hétérosexuel avec un nom à consonance bien française, et vous n'en avez rien à foutre de ce qui arrivera aux minorités vulnérables. Auquel cas, je n'ai pas de mots assez forts pour vous dire mon mépris (vous pouvez sortir en claquant la porte du blog, merci, bisous). Ou bien, vous pensez que ça ne sera pas si grave que ça - et je vous enjoins à vous pencher quelques minutes sur ce qui se passe aux USA depuis que les racistes homophobes décomplexés, se sentant légitimisés par un gouvernement qui abonde dans leur sens, s'en donnent à coeur joie en harcelant, en tabassant et en tuant impunément cha-que-pu-tain-de-jour. Vous avez raison sur un point: quel que soit le vainqueur du second tour, on en (re)prend pour 5 ans de bagne sur le plan économique. Du coup, autant sauver les meubles sur le plan social. Quand l'idéalisme a échoué, il ne reste plus qu'à opter pour le pragmatisme. 

Moi aussi, je suis plus que dégoûtée par le choix de mes concitoyens (à Monpatelin, Le Pen, Fillon et Dupont-Aignan ont récolté 63% des suffrages à eux trois - ça fait peur). Moi aussi, je rêvais qu'on foute un grand coup de pied dans les couilles du capitalisme qui n'en finit plus d'écraser la classe moyenne et de bousiller l'environnement. Mais je ne fais pas partie de la majorité sur ce coup-là. Bien que ses raisons m'échappent, la classe moyenne a signé pour continuer à morfler jusqu'au moment où elle cessera enfin de rejeter la faute sur plus malheureux qu'elle et de voter pour ses oppresseurs. En attendant cet éclair de lucidité salutaire, je refuse de me confire dans un orgueil stupide autant qu'égoïste.

Je vais voter Macron la mort dans l'âme, pas pour moi qui n'ai rien à y gagner et qui vomis les convictions néolibérales du bonhomme, mais pour toutes les catégories de population hyper vulnérables qui souffriraient atrocement d'une présidence FN. Après ça, je voterai écolo aux législatives; je protesterai par tous les moyens à ma disposition si on veut faire passer des lois iniques; je continuerai à essayer d'avoir au quotidien un comportement aligné avec mes valeurs et d'utiliser cette modeste plateforme qu'est mon blog pour propager mes idées. Je ne suis pas naïve: je sais que ça ne suffira pas à provoquer la révolution populaire bienveillante dont nous aurions grand besoin. Mais puisque c'est tout ce que je peux faire, alors, je vais au moins faire ça. Et vous?

10 ans plus tard



Presque dix ans séparent ces photos: la première a été prise le 23 mai 2007 et la seconde le 23 avril 2017 (et, oui, j'étais bien trop chaudement habillée pour la température qu'il faisait ce jour-là). 

Pendant cette décennie, certains choses sont restées les mêmes. Je suis toujours en couple avec Chouchou malgré quelques passages très houleux, et je suis plus amoureuse que jamais; je vis toujours entre Monpatelin et Bruxelles même si la répartition de mon temps a beaucoup évolué; je suis toujours propriétaire de mon petit duplex dont j'aurai fini de payer le crédit dans quelques mois; j'exerce toujours le métier de traductrice littéraire bien que j'aie élargi ma clientèle et les domaines dans lesquels je travaille; je prends toujours du Lutényl pour mon endométriose, ce qui a eu des effets formidables et d'autres assez difficiles à gérer; je teins toujours mes cheveux en roux malgré un détour par des couleurs nettement plus exotiques; je tiens toujours ce blog dont l'audience a décuplé entre-temps, pour mon plus grand bonheur; je suis toujours écolo de gauche et continue à désespérer du vote de mes concitoyens.

A côté de ça... J'ai pris dix kilos, quelques mentons supplémentaires et des cheveux blancs, mais bizarrement, je suis mieux dans ma peau aujourd'hui. J'ai perdu - dans l'ordre chronologique - Brigitte, mes deux chats et mon père. (Et puis aussi Etre Exquis, même s'il n'est techniquement pas mort.) Mais grâce à Facebook, j'ai renoué avec beaucoup de vieux amis que je continue à suivre et parfois à voir avec plaisir. J'ai développé un syndrome d'anxiété aiguë dont je pense que je ne réussirai jamais à me débarrasser. Je suis de plus en plus féministe, et désormais consciente des privilèges que me confère le fait d'être blanche. J'ai cessé de porter des pantalons et d'acheter des tonnes de fringues, de sacs et de chaussures. Globalement, je suis devenue beaucoup moins matérialiste, ce dont je me réjouis. Je n'ai plus de voiture, et ça ne me manque pas vu que j'ai toujours détesté conduire. Je me suis mise à utiliser des MacBook et bien que je les trouve honteusement peu solides pour leur prix, je ne reviendrai jamais en arrière. 

Je n'ai pas remis les pieds aux USA après mon dernier road trip avec les VIP, mais je suis retournée deux fois au Japon; j'ai fait un stage de carnets de voyage au Maroc et pas mal bougé en Europe. J'ai été hyper déçue par Prague et Istanbul; je suis restée passablement indifférente aux charmes de Stockholm, de Barcelone et de Venise; en revanche, j'ai adoré Copenhague, Reykjavik, Helsinki, Brighton, Edimbourg, Budapest, Lisbonne et Porto. J'ai laissé tomber le scrapbooking; je me suis mise au crochet et au geocaching et j'ai arrêté les deux au bout de quelques années; actuellement, mes grandes passions sont les escape games et l'aerial yoga. J'ai eu un passage complètement végétarien, puis je me suis remise à manger de la viande de temps en temps. Je supporte de moins en moins bien le vin rouge et bois de préférence du blanc ou des cocktails. Et aujourd'hui comme il y a dix ans, aucun candidat pour lequel j'ai voté au premier tour des élections présidentielles n'a jamais réussi à accéder au second. 

mardi 25 avril 2017

Les conversations absurdes #9


CHOUCHOU (sur un ton gourmand): Et si on se faisait un massage amoureux?
MOI (pragmatique): On n'a pas d'huile de massage ici.
CHOUCHOU (refusant de lâcher son idée): On a de l'huile d'olive.
MOI: ...Tu nous prends pour des rôtis ou quoi?

Adventure Rooms Provence: Gangs of Alcatraz




La toute première salle d'Adventure Rooms Provence, "Réveil difficile", que Chouchou et moi avions jouée il y a deux ans, restait l'échec le plus cuisant de notre carrière d'évadés. Certes, ce n'était que notre 4ème escape game et le premier qu'on faisait à deux seulement, mais tout de même, on avait juré de revenir dès que possible pour faire leur seconde salle. Et cette fois, on s'est dit qu'on allait en profiter pour enrôler un couple d'amis novices mais très désireux de tester le concept...

Dans "Gangs of Alcatraz", il s'agit bel et bien de s'évader, puisque les joueurs ont été confondus avec des malfrats très dangereux et enfermés par erreur dans une prison de haute sécurité, à San Francisco. Un agent extérieur qui croit à leur innocence tente de les aider en neutralisant les caméras de sécurité et en leur fournissant des indices - mais attention, ils n'ont qu'une heure pour profiter de cette opportunité! Et la tâche s'annonce ardue, puisque la salle affiche un taux de réussite d'à peine 20%...
Pour notre part, très en avance sur la première moitié des énigmes, nous avons ensuite perdu beaucoup de temps avec deux manipulations bien précises, et il nous a manqué dans les vingt ou trente secondes pour terminer. Un peu rageant, mais nous nous sommes bien marrés et nous avons vu la totalité du jeu, ce qui est l'essentiel pour moi. 

Que dire de "Gangs of Alcatraz"? Pour les joueurs qui ont déjà fait "Réveil difficile", il présente de nombreux points communs avec cette première salle, ce qui à titre personnel m'a un peu déçue: j'aurais préféré quelque chose de complètement différent. Pour les autres, aucun souci: le scénario, bien que difficile, est calibré de façon à ce que tout le monde ait toujours quelque chose à faire et que personne n'ait le temps de s'ennuyer. Par rapport au scénario "moyen", "Gangs of Alcatraz" comporte peu de fouille mais beaucoup de gadgets à utiliser - les geeks apprécieront particulièrement. Il y avait trop de codes et de cadenas pour moi, mais là encore, c'est l'appréciation de quelqu'une qui commence à avoir fait vraiment beaucoup de salles et n'est plus intéressée que par les mécanismes de jeu très originaux. Les débutants ou les joueurs n'ayant qu'une poignée d'autres escape games à leur actif s'éclateront sûrement. Nos amis, en tout cas, se sont beaucoup amusés (et moi aussi, malgré les réserves suscitées). 

Petit détail ultra sympa: en fin de partie, tous les participants reçoivent, en plus de rafraîchissements offerts par la maison, une jolie "médaille" en métal frappée du logo de la salle. C'est un souvenir assez génial; j'aurais adoré qu'on m'en donne un similaire dans tous les escape games où je suis passée - ça ferait vraiment une chouette collection. Si vous êtes curieux ou déjà séduits, sachez qu'Adventure Rooms Provence devrait ouvrir, toujours dans le centre de Toulon, un troisième scénario d'ici la fin de l'été.

42 bis rue Victor Clappier
83000 Toulon

Pour nous remercier de notre fidélité et de mes articles, j'ai reçu une réduction de 50% sur le prix normal de ce jeu. 

lundi 24 avril 2017

C'était la semaine où... (#16)




...pour une fois, c'était chouette de ne pas faire 7h de train à côté de quelqu'un qui avait un chien/puait la clope/puait tout court/passait son temps à renifler sans se moucher/envahissait benoîtement mon espace personnel. 
...j'ai poussé un soupir de soulagement encore plus grand que d'habitude en constatant que la résidence n'avait pas brûlé en mon absence, qu'il n'y avait pas eu de dégâts des eaux et que je n'avais pas dans mon courrier la moindre injonction de payer, avec des majorations de retard, un truc pour lequel je n'avais jamais reçu d'appel de paiement initial et dont je n'étais de toute façon pas redevable (mes démêlés avec le Trésor Public au sujet de la taxe pro ont duré des années et m'ont traumatisée à vie).
...Gentil Généraliste a confirmé mon hypothèse haute: d'après ma description, mes gros vertiges du mois dernier étaient très vraisemblablement dus à la formation d'un cristal dans mon oreille gauche. Impressionnant et pénible mais tout à fait bénin, donc.
...comme je lui disais que j'allais le libérer pour ses autres patients, il m'a répliqué: "Ne vous pressez pas, je suis toujours heureux de discuter avec vous". J'adore cet homme, et je vais pleurer quand il prendra - bientôt, sans doute - une retraite amplement méritée.
...ma première prise de sang de l'année a confirmé que ma ferritine était remontée à un niveau très acceptable (grâce à la cure de fer végétal d'un mois terminée une semaine avant?). Mon TCMH reste un peu trop bas, mais je survivrai probablement.
...j'ai découvert avec tristesse que mon deuxième arbre préféré, celui qui faisait des fleurs roses à chaque printemps devant l'ancienne école primaire, avait été abattu. Il ne me semblait pas malade et il ne gênait pas la circulation, alors, pourquoi? 
...on a goûté les pizzas napolitaines de Marco et compris pourquoi la recette figurait au patrimoine immatériel de l'Unesco. Les raviolis à la truffe que j'avais pris après n'étaient pas dégueu non plus. En plus, on a pu manger en terrasse pendant que les commerçants du marché remballaient leurs étals autour de nous. Le bonheur. 
...pendant le repas, je me suis tout à coup exclamée: "Oh, regarde, c'est Daniel Herrero!" en désignant un grand type à tignasse blanche et bandeau rouge qui passait dans la rue Paul Landrin. "Qui ça?" m'a demandé Chouchou, qui s'intéresse au sport encore moins que moi. 
...en essayant de nous évader de la salle Gang d'Alcatraz d'Adventure Provence Rooms, je me suis rendu compte que je ne savais pas où était Recife et que je plaçais Pyongyang dans le mauvais pays. Pas bravo pour ma nullité en géo. 
..."Bravo, y'a que vous qui êtes raisonnable" m'a félicitée le serveur du Chamo en posant trois énormes coupes de glace devant Chouchou, Gaby et Seb, et un Strawberry Daiquiri bourré d'alcool devant moi. Euh, définissez "raisonnable"? 
...j'ai failli ne jamais trouver mon nouveau bureau de vote: il y avait une adresse marquée sur ma carte d'électeur et une autre sur internet, aucun bâtiment visible à ces deux adresses sur Google Maps et seulement des immeubles d'habitation à l'endroit désigné par le plan de la ville. Heureusement qu'on a croisé dans la rue des gens qui en revenaient et qui ont pu nous indiquer le bon endroit. 
...sur place, parce qu'il était habillé tout en noir avec sa gueule de repris de justice et qu'il se tenait raide comme un piquet près de la sortie en attendant que je sorte de l'isoloir, tout le monde a pris Chouchou pour un vigile et l'a salué poliment en sortant. Non, en fait, c'est juste un Belge. 
...on a fait le marché du dimanche matin et rapporté le premier melon de la saison (bien mûr et sucré, mais un peu trop aqueux), des asperges vertes beaucoup moins chères qu'à Bruxelles, deux sublimes saucissons aux cèpes et aux noisettes et une délicieuse tartinade d'artichauts. 
...j'ai traité mon courrier en souffrance et fait ma déclaration de revenus 2016 à l'Agessa. Journée de merde pour journée de merde, autant qu'elle soit productive!
...je n'ai pas sauté de joie à l'annonce du résultat du premier tour, mais je me suis dit que ça aurait pu être pire. Je comprends mes nombreux amis qui s'abstiendront ou voteront blanc dans 15 jours, et je respecte leur choix. Moi, ça me fera encore plus mal qu'avec Chirac en 2002, mais je voterai Macron. Pour préserver l'Europe d'une part, et protéger les cibles traditionnelles du FN d'autre part. 

Avez-vous participé au concours pour gagner une bédé sur mon blog lecture? Vous avez jusqu'à demain soir!

dimanche 23 avril 2017

A voté




Il y a une ou deux semaines, lors d'une de nos nombreuses discussions d'avant les élections, Chouchou (qui, bien que partageant mes convictions écolos, se situe beaucoup plus au centre que moi pour toutes les questions économiques), s'est légèrement énervé suite à une de mes diatribes sur le thème: "Je veux de la justice sociale, merde!". Visiblement, il ne comprenait pas que je m'enflamme pour des mesures qui au final me concernent assez peu. 

C'est vrai que je suis blanche avec un nom bien français et pas le moindre ancêtre étranger aussi loin que remontent mes connaissances généalogiques. C'est vrai que je suis en couple hétéro et désormais trop vieille pour avoir besoin d'avorter. C'est vrai que je ne suis pas salariée et que depuis le début de ma carrière, je n'ai pas droit aux allocations chômage et finance déjà à grands frais ma propre mutuelle ainsi que ma retraite complémentaire. C'est vrai que je gagne assez bien ma vie pour être imposée à 20% sur mes revenus et n'avoir bénéficié d'aucune prestation sociale depuis une bonne vingtaine d'années. C'est vrai que je n'ai pas d'enfants et que pour mon usage personnel, il me suffit que la Terre reste habitable pendant un demi-siècle dans le meilleur des cas. Alors, que m'importe le traitement réservé aux homosexuels, aux racisés et aux jeunes femmes encore fertiles? Que m'importe qu'on démantèle un droit du travail qui ne m'a jamais protégée? Qu'on foute la sécu en l'air puisque je fais partie des gens qui auront de toute façon les moyens de se soigner dans le privé? Qu'on bousille l'environnement pour les générations suivantes? 

Hé bien, en fait, ça m'importe beaucoup. 

Je ne vote pas juste pour ma gueule. Je vote pour un idéal de société. Et mon idéal de société, c'est que tout le monde bénéficie des mêmes droits et des mêmes opportunités; que chacun puisse pratiquer sa sexualité et/ou sa religion en paix tant qu'il n'emmerde pas ses voisins; que la classe moyenne ne soit pas écrasée par des riches qui ont déjà plus de fric qu'ils ne pourront en dépenser dans toute une vie; que le travail cesse d'être considéré comme une valeur et une nécessité alors qu'il l'est de moins en moins, et que ce qu'il en reste soit partagé équitablement et rémunéré à sa juste valeur; que la collectivité prenne soin des pauvres, des malades, des handicapés et des vieux; qu'on mette toute nos formidables ressources scientifiques et intellectuelles au service d'un développement durable plutôt que du pillage de ressources qui touchent à leur terme. Je vote parce que je ne veux plus être une privilégiée, parce qu'il me semblerait juste que tout le monde partage ce qui est actuellement une immense chance alors que ça devrait être la norme. 

Par ailleurs, je pense que ce serait une énorme connerie de sortir de l'Europe. Oui, elle a grand besoin d'être réformée, mais un Frexit pourrait sonner le glas d'une institution nécessaire au maintien d'un ordre mondial déjà bien trop ébranlé par les dictateurs et les fous. 

Ce matin, après avoir beaucoup hésité et tergiversé, j'ai voté Benoît Hamon. Sans illusions: je sais qu'il ne passera pas le premier tour et que je vais déprimer sec ce soir devant les résultats. Mais en mon âme et conscience, je n'ai pas réussi à faire autre chose. 

vendredi 21 avril 2017

Les conversations absurdes #8


CHOUCHOU (gêné): J'ai vu que tu avais des glaces dans ton congélateur, et, euh...
MOI (indulgente): Tu en veux une? J'ai sorbet fraise, sorbet melon ou cônes caramel beurre salé.
CHOUCHOU: Sorbet fraise.
MOI: Tiens.
CHOUCHOU (saisi du besoin de se justifier): Comme ça, j'élimine le sucre.
MOI (avec une moue sceptique): Je sais que le sorbet c'est moins sucré que la vraie glace, mais...
CHOUCHOU (sentencieux): Non, non, j'élimine TON sucre. Pour ne pas que tu sois tentée.