dimanche 22 janvier 2017

La rage et l'espoir



Y'en a au moins une qui s'est éclatée cette semaine, c'est la culture du viol. 

Une cliente Orange à qui un technicien récemment passé chez elle avait envoyé un texto pour la draguouiller s'est plainte auprès de la direction de la boîte. Levée de boucliers sur internet: cette connasse risquait de faire perdre son emploi à un pauvre type qui avait juste tenté sa chance gentiment. C'est bien triste qu'un homme ne puisse même plus adresser la parole à une femme sans se faire accuser de harcèlement. Clairement, la dénommée Buffy Mars a surréagi. 

Je veux bien croire à la bonne foi des messieurs qui ont protesté en ces termes, bien croire que la plupart d'entre eux sont des "mecs bien" qui jamais ne feraient de mal à une femme. Sauf que. Ils n'ont aucune idée de ce que c'est de grandir bombardée d'injonctions à ne pas s'habiller de façon trop provocante, à ne pas traîner seule trop tard le soir, à ne pas boire trop d'alcool au cas où. Aucune idée de ce que ça fait de toujours se sentir une proie pour la seule raison qu'on possède un vagin. Ils ne mesurent pas l'effarante injustice qu'il y a à toujours mettre en cause la parole de l'agressée, toujours penser que quand même, avec une jupe aussi courte, un rouge à lèvre aussi rouge et une demi-douzaine de whisky-Coca au compteur, elle l'a un peu cherché. Le viol et le harcèlement sexuel sont les seuls crimes pour lesquels c'est toujours la victime qui est présumée coupable et le vrai coupable rarement et toujours trop légèrement puni. 

Parfois même, on lui confie la présidence des César. 

Arguments des "mecs bien" qui ne voient pas trop où est le problème: "La fille faisait beaucoup plus mûre que son âge et posait pour des photos de lingerie". Quel que ce soit l'âge d'une femme, quel que soit son métier, ce n'est jamais acceptable de la droguer pour la sodomiser. "Elle a elle-même pardonné et souhaité qu'on ne parle plus de cette affaire." Elle a le droit de vouloir qu'on lui fiche la paix. Ca reste quand même un viol. "Vous mélangez tout; Polanski est un cinéaste de talent et c'est pour ses mérites professionnels qu'on le distingue là." Aucun mérite professionnel au monde ne devrait éclipser le fait qu'un homme est un violeur. La compétence n'est pas une excuse au crime. En faisant passer une agression sexuelle derrière la qualité d'une poignée de films, on envoie clairement le message que la moitié de l'humanité peut être impunément méprisée et violentée, surtout si c'est par un homme blanc et riche (mais pas que - voir l'affaire Bill Cosby). Ce qui permet à la plus grande puissance mondiale d'élire à sa tête un type qui trouve sa propre fille fort baisable et affirme que les femmes, il faut les attraper par la chatte. C'est loin d'être le seul problème avec Donald Trump, mais c'est un problème qui à lui seul aurait dû empêcher son élection si la culture du viol n'était pas à ce point prégnante dans nos sociétés que 53% des femmes blanches ont voté pour lui. 

Heureusement, toutes les femmes ne sont pas à ce point endoctrinées et résignées. Hier, 2,9 millions d'entre elles ont marché pour l'égalité hommes/femmes, pour la préservation du droit à l'avortement, pour que tout le monde soit traité de la même façon quel que soit son genre, son origine ethnique et ses préférences sexuelles. Pour une société sans discrimination et sans haine. J'ai regardé un bout de la manifestation de Washington en direct: le discours de Michael Moore, l'impressionnant beat d'Ashley Judd, l'intervention d'America Ferrara. J'ai vu fleurir sur mon fil Twitter des photos d'autres marches un peu partout dans le monde: toutes les célébrités que je suis sont allées défiler avec les bonnets roses, depuis Jillian Michaels jusqu'à Elizabeth Gilbert en passant par Emma Watson, Pénélope Bagieu et Claire North. Et il n'y a eu aucun débordement, aucune casse, aucune violence. Juste des gens paisibles mais férocement déterminés à revendiquer leurs droits et à résister à l'Empire. 

Ce qu'il va falloir continuer à faire pendant chaque jour des 4 années à venir. Mais après la dépression noire de vendredi, hier, j'ai entrevu une lueur d'espoir. 

jeudi 19 janvier 2017

La grosse gnioque




Mon Papounet,

J'en ai une bien bonne à te raconter. 

Tu te souviens de la secrétaire de notre ophtalmo de famille? Pendant 20 ans, tu t'es pris la tête avec elle chaque fois qu'un de nous avait rendez-vous pour faire contrôler sa vue. Je ne compte plus le nombre de fois où tu l'as traitée de grosse gnioque, la bave aux lèvres et la tension à 37. Il faut dire qu'elle était particulièrement molle, incompétente et de mauvaise volonté. Toute le monde le savait, y compris sa patronne qui était pourtant trop gentille pour la virer. Une fois que j'ai été assez grande pour prendre mes propres rendez-vous, à mon tour, je me suis colletée avec cette fameuse secrétaire, qui nous a fourni le sujet de maintes récriminations en stéréo sur le thème: "Tu ne sais pas ce qu'elle m'a fait la dernière fois, cette grosse gnioque?". 

Mais un jour, après quelques années durant lesquelles j'avais négligé mes visites de contrôle, l'ophtalmo m'a découvert un problème de surtension oculaire - comme toi. Apparemment, il y a une composante héréditaire là-dedans. J'ai encore plus peur de devenir aveugle que d'avoir un cancer, donc la nouvelle ne m'a pas précisément plongée dans la félicité et les paillettes. C'est même la dernière chose dont je t'ai parlé au téléphone avant ta mort. De ça, et du panaris assez douloureux que j'avais à un doigt. Le panaris n'était pas encore guéri le jour de tes obsèques, mais il a disparu peu de temps après. Le problème de surtension, lui, est resté et devra être surveillé jusqu'à la fin de ma vie. 

Du coup, j'ai compris que j'allais devoir me coltiner la fameuse secrétaire très régulièrement, et je me suis dit que j'allais faire un effort pour bien m'entendre avec elle parce que ça diminuerait le stress de mes visites régulières chez l'ophtalmo. Et miracle! Ca a marché tout de suite. Je me suis mise à lui sourire beaucoup et à l'appeler par son prénom; elle a commencé à se montrer arrangeante pour mes rendez-vous. Et puis, elle avait dû enfin apprendre à faire correctement son boulot pendant les quelques années où je n'étais pas venue chez sa patronne, parce que désormais elle était mieux organisée et nettement plus dynamique. Comme quoi, les gens changent. 

Aujourd'hui, en arrivant chez l'ophtalmo, je me suis réjouie du vide absolu de la salle d'attente.
- C'est génial! Je me souviens, il y a quelques années, c'était toujours bondé et on passait avec des heures de retard...
- Ah oui, mais ça, c'était à l'époque de Claire, m'a répondu ma nouvelle grande copine la secrétaire.
- Claire?
- La secrétaire qui était là avant moi. Un vrai boulet.
- ...Vous avez commencé à travailler ici il y a combien de temps, déjà?
- Ca va faire sept ans en février. J'ai été embauchée quand Claire a pris sa retraite anticipée.

Oui, les gens changent.

Parfois, au sens littéral du terme - et sans que je m'en aperçoive.

(Bon, en même temps, je suis cette fille qui la dernière fois qu'un type en Kangoo l'a saluée à un feu rouge a attendu qu'il ait redémarré pour identifier le mec avec qui elle avait vécu pendant sept ans. Ou bien ma vue est encore plus mauvaise que je ne le soupçonne, ou bien je ne prête vraiment aucune attention à la tête des gens.)

A part ça, je me demande ce que tu penserais de l'intronisation de Donald Trump demain. Rien de bon sans doute, vu que tu étais encore plus pessimiste et angoissé que moi. 

Encore un hiver sans toi.

Je t'embrasse. 

mercredi 18 janvier 2017

Envies de janvier




un brunch à La Petite Production, qui vient d'ouvrir dans le quartier Flagey
un verre à l'Alice Cocktail Bar
l'expo "D'une Méditerranée l'autre" à l'Hôtel des Arts
le sublime omnibus de Sandman en deux volumes (mais à 150€ pièce, ce serait vraiment une folie)
une doudoune longue, parce que mon petit manteau en laine ne me protège pas assez du froid actuel
un gros cactus pour la salle de bain à Monpatelin
...et un pied d'éléphant pour le salon à Bruxelles
La La Land au cinéma, histoire de m'évader pendant deux heures
...et "A series of unfortunate events" à la télé, pour le côté wesandersonien de sa bande-annonce
un élixir magique pour oublier que Trump est POTUS dans 48h (non, le Xanax ne suffira pas cette fois)
du courage pour tenir mon rythme de travail jusqu'au 1er mars

lundi 16 janvier 2017

Réussir sa vie, ce n'est pas forcément la même chose que réussir dans la vie




Quand j'étais jeune adulte, Jacques Séguéla n'avait pas encore sorti sa connerie sur la Rolex sans laquelle on a paraît-il raté sa vie à 50 ans, mais le message que m'envoyaient ma famille, la société, les médias et surtout l'école dans laquelle j'étudiais était très clair. Réussir dans la vie, c'était avoir un boulot prestigieux, le salaire faramineux qui allait avec, une grande maison, une grosse voiture et, pour les propriétaires d'utérus notamment, deux ou trois marmots vifs d'esprit. 

Moyennant quoi, dès que j'ai été libre de le faire, je me suis mise à mon compte dans une profession que peu de gens prennent au sérieux, qui ne me rendra jamais riche et qui me laisse à la merci des caprices de la conjoncture comme de l'administration. Je me suis obstinée à vivre dans des petits appartements, et je regrette même d'avoir acheté le mien au lieu de rester juste locataire. Je me déplace essentiellement à pied ou en transports en commun. Quant aux marmots de quelque disposition intellectuelle que ce soit, je me suis donné beaucoup de mal pour éviter qu'un seul d'entre eux débarque dans mon existence malgré le choeur général des "Mais avoir des enfants, c'est la plus belle chose dans la vie d'une fââââme!". 

Je sais que mes parents ont toujours considéré que je gâchais ma vie sur à peu près tous les plans, surtout comparée à ma soeur qui elle faisait (et fait toujours) un magnifique carton plein. Le truc, c'est que ma soeur est très heureuse comme ça et s'éclate aussi bien dans sa carrière que dans sa vie privée, alors que ça ne serait pas mon cas du tout. Si j'avais été un peu moins rebelle, un peu moins imperméable à l'avis des autres, un peu moins déterminée à suivre ma propre voie, j'aurais laissé mon entourage me vendre une vie Ikea pas du tout faite pour moi, et je déprimerais sévère. Alors que là, malgré des erreurs multiples et souvent douloureuses, je suis tout aussi heureuse que ma soeur - à ma façon. 

Je fais un métier qui m'apporte une certaine satisfaction créative, pas tous les jours, mais le plus souvent. Qui ne m'oblige pas à forcer mon tempérament asocial. Qui ne me fait pas perdre de temps en trajets maison-boulot chaque matin et chaque soir. J'organise mes journées comme je veux du moment que je respecte mes dates de remise. Je me partage entre deux lieux de vie très différents, aux avantages complémentaires. Je prends mes vacances quand je veux, et c'est moi qui décide de leur durée selon que j'ai plus besoin de sous ou de repos. J'ai un partenaire que j'aime, et la possibilité d'investir toute mon énergie relationnelle dans notre couple. Vivre dans un petit appartement me laisse des ressources financières pour voyager un peu tout en m'évitant d'avoir trop de problèmes matériels à gérer. 

Mon luxe à moi, c'est de me sentir libre et légère. 

Je n'ai pas réussi dans la vie, mais je réussis ma vie chaque jour. 

dimanche 15 janvier 2017

C'était la semaine où... (#2)




...le deuxième épisode de Sherlock m'a foutue dans une rogne noire; le premier était déjà ennuyeux, celui-ci était grotesque. La série devient une caricature d'elle-même.
...j'ai été épatée par la rapidité toute neuve de mon MacBook, dont j'ai fait doubler la RAM. Et failli pleurer de joie en retrouvant un clavier dont les touches fonctionnent du premier coup.
...je n'ai pas du tout, du tout accroché au dernier Aude Picault alors que j'avais adoré tous ses albums jusqu'ici.
...après deux romans décevants, je me suis plongée avec délice dans le tome 3 des Cazalet chronicles.
...on a toutes dû se dire qu'on voulait que notre chéri(e) nous regarde comme Barack regarde Michelle à la fin de son discours d'adieu à Chicago.
...la propriétaire de Chouchou est passée apporter un nouveau détecteur de fumée et constater la fuite dans le mur de la salle de bain ainsi que le défaut de fonctionnement de la ventilation.
...j'ai osé demander à mon illustratrice préférée si elle pourrait me faire une nouvelle bannière pour le blog, et où bien que débordée, elle a gentiment accepté. Serpentins, confetti.
...légèrement abrutie par le travail, j'ai eu la bonne idée de faire mes comptes prévisionnels pour le premier trimestre 2017, et le résultat m'a immédiatement ragaillardie: mon ravalement de façade devrait être financé les doigts dans le nez.
...inquiète à cause de la tempête dans le nord de la France et des suppressions de train annoncées, j'ai passé une nuit quasi-blanche avant mon départ.
...j'ai eu tort de m'inquiéter, car mon voyage s'est très bien déroulé au final, et m'a même donné l'occasion de m'offrir un déjeuner au Train Bleu.
...je me suis rendu compte que mon pull en cachemire préféré (le gris-bleu avec un col en V) avait un énorme trou irréparable au coude gauche, snif!
...j'ai découvert la Owlcrate Box et désespéré de ne pas pouvoir m'abonner tellement je la trouve - wait for it - chouette (ha ha)
...j'ai failli me casser deux dents sur la fève Barbapapa planquée dans ma brioche des rois individuelle.
...j'ai fait transférer ma ligne mobile chez mon opérateur de téléphonie fixe pour n'avoir plus qu'une seule facture.
...j'ai reçu de mon amie Gaby un dessin de Lord Speculoos le vampire et une carte de voeux Patronus.
...la bande-annonce de "A series of unfortunate events" m'a donné vachement envie de regarder la série télé même si je n'avais pas accroché aux bouquins.
...j'ai découvert qu'on pouvait très bien manger des Petits Suisses périmés depuis un mois sans être malade.
...j'ai appris du compte Twitter Escape Game France que notre salle préférée, la Safe House de Budapest, avait fermé.